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 [auteur] Edgard Allan Poe

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MessageSujet: [auteur] Edgard Allan Poe   Mar 24 Juin - 13:55

Biographie (1809-1849)

“Poe fut toujours grand, non seulement dans ses conceptions nobles, mais encore comme farceur”
Baudelaire, 1857


Poète, conteur, essayiste et critique américain, Edgar Allan Poe voit le jour 19 janvier 1809 à Boston (Massachusetts), dans une société alors pleine de contradictions, entre sorcellerie et puritanisme, orgueil d'être une nouvelle nation mais néanmoins nostalgique du vieux monde européen. C’est dans une famille d’acteurs ambulants que naît le plus improbable des bostoniens. Son père, bel homme élégant et alcoolique, meurt bientôt (en 1810) et sa mère, Elizabeth Arnold, jeune première très admirée, tombe malade en tournée et meurt de tuberculose dans une petite chambre de Richmond (Virginie). Rien ne protège Edgar, qui va avoir trois ans, du spectacle de ce drame. Il est recueilli par un riche négociant de la ville, John Allan, et s’attache à ses parents nourriciers, à la grâce de cette mère, aux promesses de réussite sociale qu’incarne ce père. Il profite d’un séjour familial en Écosse (1815) puis à Londres (1816-1820), reçoit une excellente éducation. En 1826, il entre à l’université de Virginie. Il lit Rollin, Byron, excelle en français, en latin et en grec. Mais John Allan lui refuse le train de vie de ses condisciples et, en mars 1827, c’est la rupture. Le rêve aristocratique du quasi-gentleman virginien s’écroule. Edgar quitte la maison (où Mrs. Allan mourra en 1829) pour Boston. Suivent des années de lutte pour survivre, dans l’armée d’abord, puis à l’école des officiers de West Point pour un semestre. Ces années sont ponctuées de lettres indignées ou suppliantes à John Allan, mais Poe y affiche une énorme ambition littéraire (“le monde sera ma scène”). Il se veut poète et publie en 1827, 1829 et 1831 trois minces recueils qui ne rencontrèrent guère d’écho. Celui de 1831 contient quelques poèmes qu’il mènera à leur maturité, dont A Hélène.

Poe rejoint à Baltimore une tante de condition très modeste et sa famille. Et il se tourne, par nécessité, vers le conte. Revues et magazines naissants organisent des concours : premier succès en 1831, puis un second en 1833 avec Manuscrit trouvé dans une bouteille, mais la vie est précaire. En 1834, John Allan meurt, sans même mentionner Edgar dans son testament.

Poe travaille à rassembler ses premiers contes en un volume cohérent qui ne verra jamais le jour, mais continue à placer de nouveaux contes dans les revues. En août 1835, il devient collaborateur permanent du Southern Literary Messenger de Richmond, où il retourne habiter. Il lance le magazine par des controverses contre les auteurs du nord, inaugure une critique sévèrement textuelle qui tranche avec la critique d’opinion alors seule pratiquée. Sans doute aussi commet-il aussi quelques écarts de boisson. Fin 1836, il s’est fait un nom mais devient trop encombrant et doit démissionner en janvier de l’année suivante. Entre temps, pour éviter que ne lui échappe la petite cellule familiale qui lui reste, il épouse sa cousine Virginie, âgée d’à peine quatorze ans, et le ménage, accompagné de Maria Clemm, la mère de Virginie, s’installe très petitement à Richmond : l’attachement d’”Eddie” envers “Sis” (pour “Sister”) et “Muddie” (“pour “Mother”) gardera toujours quelque chose d’enfantin et de poignant.


En 1837, une première tentative de Poe pour s’implanter à New York, la capitale littéraire échoue, et c’est à Philadelphie que sont publiées Les Aventures d’Arthur Gordon Pym en juillet 1838 et Ligeia en septembre. Poe entre au service du Gentleman’s Magazine où il souffre du manque d’indépendance critique, mais poursuit son oeuvre de conteur. Fin 1839, Contes du grotesque et de l’arabesque rassemble enfin sa production ; dans la Préface, Poe défend la qualité d’une terreur qui “n’est pas d’Allemagne, mais de l’âme”. Il rêve aussi d’être le maître d’une revue d’où il pourrait régner sur la République des Lettres, mais il ne la fondera jamais. Il entre, cependant, dans une période de travail serein (juin 1841-mai 1842) quand le Gentleman’s, changeant de main, devient le Graham’s Magazine. Il perfectionne sa théorie de l’intrigue comme construction visant à la perfection formelle, célèbre dans Une descente dans le Maelström la pleine maîtrise de son art, confirme dans Introduction aux comptes rendus critiques son choix d’une critique centrée sur le texte comme tel. En juin 1843, Le Scarabée d’or est un immense succès populaire. En avril 1844, avec Le Canard au ballon il conquiert New York. En janvier 1845, son poème Le Corbeau, exploit intellectuel et prosodique, emporte l’adhésion des critiques comme du grand public - et Poe exploitera son énorme succès par sa très provocante Philosophie de la composition. En juillet 1845, Contes, qui offre une sélection de sa production, est bien reçu. En novembre paraît Le Corbeau et autres poèmes. Poe, arrivé à New York en avril 1844, est au faîte de la célébrité. D’abord collaborateur du Broadway Journal, il en était devenu rédacteur en chef en juillet 1845 et seul propriétaire (grâce à un emprunt) en octobre. Dans ce modeste hebdomadaire, Poe fournit un travail écrasant, publie des versions révisées de la plupart de ses contes et de ses poèmes ainsi qu’une soixantaine d’essais et des comptes rendus. Mais il s’essouffle aussi, nuit à sa propre réputation par des querelles littéraires mal menées, comme la “guerre Longfellow”. Quand le Broadway Journal fait faillite, en janvier 1846, sa vie prend un tour plus sombre et plus exalté.

Dès janvier 1842, Virginie, sa jeune femme, d’une grande beauté et excellente musicienne, s’était rompu un vaisseau sanguin alors qu’elle chantait. On la crut perdue. Elle se remit partiellement, connaissant régulièrement de semblables accidents, jusqu’à sa mort, en janvier 1847. C'est là l'épreuve utlime qui achève de rompre l'équilibre phychique de Poe. Durant cette période où “l’horreur de l’incessante oscillation entre espoir et désespoir” l’éprouve cruellement, il arrive à Poe de boire. Dans une vie soumise à d’énormes pressions psychologiques et financières, l’écrivain, qui ne supportait pas l’alcool, y avait parfois recours pour se donner le répit de l’inconscience. Poe est maintenant à Fordham, dans la banlieue de New York, où la famille d’était installée, en mai 1846, dans un petit cottage. Il a été malade, mais rassure un ami : “La vérité est que j’ai beaucoup à faire ; j’ai décidé de ne pas mourir avant que ce soit fait.” Dans la fébrilité, il intensifie ses recherches en vue de la composition d’un ambitieux traité cosmologico-esthétique. Eurêka paraît en juin 1848. Il y met en scène la résistance intellectuelle que l’homme oppose, pour conscience garder, à l’écrasement du cosmos sur lui-même dans l’Unité crainte et désirée du “Parent perdu”.


Virginia Poe, cousine et épouse de Poe


Poe éprouva un attachement profond tant pour sa mère nourricière d’abord, la belle et dolente Frances Allan, que pour sa tante ensuite, la très pratique et très dévouée Maria Clemm. Et toujours, il idéalisa la femme. Dans sa jeunesse, déjà, la grâce et la douceur de la mère d’un camarade de classe lui aurait inspiré A Hélène. Vers la fin de sa vie, il nouera des idylles littéraires avec des poétesses de quelque renom : Mrs. Frances Osgood en 1845, Mrs. Sarah Helen Whitman en 1848. Mais seule comptera la passion impossible que lui inspirera, de juillet 1848 à sa mort, la jeune femme d’un industriel du Massachusetts, Mrs. Annie Richmond : l’émotion fut, en tout honneur, profonde et réciproque. C’est sans doute pour lui inspirer de la pitié qu’après avoir, sur le conseil de son “amie” Annie, demandé Mrs. Whitman, qui était veuve, en mariage, Poe absorbe une forte dose de laudanum (seul cas où il ait connu semblable défaillance). Sa santé se détériore, mais cette flambée affective succite, chez le poète, une seconde gerbe de lyrisme : Ulalume avait été écrit en décembre 1847, Pour Annie l’est en mars 1849, Annabel Lee en juin. Le même mois, il part pour le sud avec à nouveau la vieille idée de financer un projet de grande revue littéraire. Il semble faire avec Richmond d’heureuses retrouvailles. Le 24 septembre, il remonte vers le nord. Le 3 octobre, on le retrouve dans un état d’hébétude et d’extrême abandon dans une taverne de Baltimore utilisée comme bureau de vote en ce jour d’élection. Transporté à l’hôpital, il y meurt le 7 octobre.

"Il y a des destinées fatales. Tous les contes d'Edgar Poe sont pour ainsi dire biographies"

Ch. Baudelaire
R. W. Griswold, chargé de la publication des Oeuvres (Works, 1850), ira jusqu’au faux pour imposer un “mémoire” haineux qui établira pour longtemps la mauvaise réputation d’un écrivain qui, en fait, connut la vie d’un lutteur intellectuel et eut quelques amis fidèles. Il unissait à une immense fierté une grande dépendance affective et fut parfois tenté de sortir d’impasses personnelles par l’esclandre ou un verre d’alcool. Son oeuvre est marquée par une focalisation paradoxale sur une unité aussi inévitable qu’insaisissable. C’est elle dont il tente de restaurer la musique dans les meilleurs poèmes lyriques, elle autour de laquelle s’épuisent, dans le drame ou dans la farce, les narrateurs de ses contes, elle enfin dont il fait le terrible guide de l’artiste dans sa critique. En travaillant avec une lucidité sans défaillance un matériaux archaïque en sommeil chez ses contemporains, Poe ouvrait dans l’exaltation, le rire et la douleur des chemins qui nous conduisent, via le symbolisme et le formalisme, jusqu’à la plus récente actualité intellectuelle. C’est la France qui a fait sa réputation.

La première timide adaptation française (de William Wilson) date de 1844. D’autres suivirent. En 1846, le nom de Poe circulait à Paris. Le 15 juillet 1848, Baudelaire inaugure avec Révélation magnétique (Mesmeric Revelation) un travail de traduction qui s’étendra sur sept ans. Mallarmé, puis Valéry achèveront de consacrer le génie de Poe. Récemment encore, un de ses contes policiers a pu servir de champ clos à Lacan et Derrida. Poe est un auteur à double public, populaire et intellectuel. Aux États-Unis, il est classé parmi les écrivains du sud ; il partage avec ceux d’après la guerre de Sécession jusqu’à Faulkner et peut-être Flannery O’Connor le sentiment d’une immense perte subie dans les temps originels. C’est depuis les années 1970 seulement que la critique américaine le classe parmiles écrivains majeurs.

“L’air est raréfié dans cette littérature comme dans un laboratoire” (Baudelaire, 1852)


CHRONOLOGIE SOMMAIRE


1806 : Mariage d'Elizabeth Arnold et de Davis Poe, comédiens.
1809 : 19 janvier. Naissance d'Edgar Poe, à Boston.
1810 : 10 décembre. Mort de la mère d'Edgar Poe, à Richmond (Virginie).
1810 : 24 décembre. Incendie du théâtre de Richmond. Adoption d'Edgar Poe par John Allan, négociant en
tabacs.
1815 : Les Allan emmènent Edgar en Grande-Bretagne.
1820 : retour à Richmond, premières études.
1826 : Entrée d'Edgar à l'université de Virginie.
1827 : Edgard Poe quitte sa famille. Publication, à boston, de Tamerlane and Other Poems. Engagement
pour cinq ans dans l'armée.
1829 : Le sergent-major "Perry" passe plusieurs mois à Fort Moultrie, dans l'île Sullivan.
1830 : Poe est admis à West Point. Puboication, à Baltimore, du poème Al Aaraaf.
1833 : Expulsé de l'Ecole Militaire, Edgar Poe se réfugie auprès de sa tante Maria Clemm.
1832 : The Saturday Courier (Philadelphie) publie Metzengerstein, A Tale of Jerusalem, The Bargain lost.
1833 : Poe remporte le prix de cent dollars offert par The Baltimore Visiter avec Manuscript found in a Bottle.
1835 : Entre comme rédacteur au Southern Literary Messenger (Richmond), où paraîtront King Pest, Morella,
Hans Pfaal.
1836 : Mariage avec sa cousine Virginia Clemm.
1837 : Il quitte The Messenger. Installatio, à Philadelphie. Rédacteur et critique au Gentlemen's Magazine, où
paraîtra en 1839 William Wilson.
1838 : The American Museum of Science, Literature and the Arts, de Baltimore, publie Ligeia et, l'année
suivante, The Fall of the House Usher. A New York paraît The Narrative of Arthur Gordon Pym.
1840 : Les Tales of the Grotesque and Arabesque paraîssent à Philadelphie.
1841 : Poe est editor au Graham's Magazine (Philadelphie).
1842 : Rencontre avec Dickens. Discussions sur la nécessité d'un Copy Right international.
1843 : Retentissement du Golden Bug (Le Scarabée d'Or), qui paraît à New York dans The Dollar
Newspaper. Poe collecte des fonds pour créer un périodique littéraire, The Stylus. Il fait sentation à New York
en lançant la nouvelle d'une traversée de l'Atlantique, en troi sjours, par un ballon à hélice. Publication, à
Philadelphie, des Prose Romances of Edgar A. Poe.
1845 : Gloire d'Edgar Poe après la publication du Corbeau dans The Evening Mirror (New York). Poe
devient l'éphémère propriétaire-éditeur du Braodway Journal. Dettes et misère. Grave crise d'alcoolisme.
Maladie de Virginie, dans une masure de la banlieue de New York. Publication de The Imp of the Perverse
(Le Démon de la Perversité) dans The Graham's.
1846 : The Philosophy of Composition, dans The Graham's.
1847 : Mort de Virginia. Poe est accusé de Plagiat pour avoir écrit un traité de conchyliologie.
1848 : Eurêka. Crises d'alcoolisme et de dépression. Vie sentimentale incohérente. Errances à travers l'est
des Etats-Unis. Tentative de suicide. Poe commence à être connu en France.
1849 : Conférences sur l'Univers et sur Le Principe poètique. Le 3 octobre, Poe est retrouvé sans
connaissance à Baltimore. Il meurt le 7 octobre.
1850 : Publication, à New York, chez Redfield, de The Works of the Late Edgar Poe, en trois volumes :
Tales, Poems, Marginalia (études critiques).
1856 : Histoires Extraordinaires, traduction de Ch. Baudelaire, chez Michel Lévy.
1857 : Nouvelles Histoires Extraordinaires.
1858 : Aventures de Gordon Pym (Ch. Baudelaire).
1864 : Histoires grotesques et sérieuses (Ch. Baudelaire).
1882 : Contes grotesques d'Edgar Poe, traduction Emile Hennequin.
1885 : Oeuvres choisies d'E. Poe, trad. W.L. Hugues. Paris.
1888 : Derniers Contes d'E. Poe, trad. F. Rabbe. Paris.
1902 : Publication des Oeuvres complètes de Poe aux Etats-Unis (The Virginia Edition, en onze volumes).

Bibliographie


Il serait illusoire de prétendre donner ici une bibliographie exhaustive sur le sujet. Je me contente donc de fournir quelques pistes de lecture...


Romans et nouvelles
(ne sont mentionnés ici que les ouvrages français ou traduits en français)


Poe E. A. “Le Chat Noir” J’ai Lu N°2 004
Poe E. A. “Histoires Extraordinaires” Livre de Poche (N°604), Pocket (N° 6019), GF (N°39), Folio (N° 310)
Poe E. A. “Nouvelles Histoires Extraordinaires” Folio (N° 801), GF (N°55), Presse Pocket / Lire et Voir les
Classiques (N° 6050)
Poe E. A. “Histoires Grotesques et Sérieuses” Folio (N° 1040), GF (N° 114), Le Livre de Poche (N° 2173)


Anthologies


“La Dimension Fantastique : 13 Nouvelles d’Hoffman à Claude Seignolles” chez Sadoul Barbara éditions (avec
des nouvelles de Poe, Lovecraft...)
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